Respiration

Premier volet du projet QUADrature

Commissaire : Diane Gistal

Artistes : Moridja Kitenge Banza, Marie-Danielle Duval, Marie-Laure S. Louis, Siaka S. Traoré

En ligne

11 septembre 2020 - 10 octobre 2020

Vernissage : 10 septembre 2020, 17 h 00

www.quadrature-galerieuqam.art

Tout au long de la saison 2020-2021, la Galerie de l’UQAM présentera en cinq volets le projet virtuel QUADrature, dont le commissariat sera successivement assuré par Diane Gistal, Ariane De Blois, le Musée d’art actuel / Département des invisibles et Bénédicte Ramade. Pour ce faire, la Galerie s’est associée à LOKI, studio de design montréalais travaillant à l’intersection du design graphique, de la production culturelle et du changement social.

La Galerie commence la saison avec Respiration, une exposition s’intéressant à la portée politique que revêt le souffle pour les communautés afrodescendantes, plus particulièrement dans le contexte québécois.

L’exposition Respiration

Respiration s’intéresse à un acte anodin qui, dans un contexte lié aux communautés afrodescendantes et africaines, devient éminemment politique. Le souffle, qui peut leur être ôté à tout moment de façon réelle ou symbolique, fait peser une épée de Damoclès sur les vies noires.

Les récentes actualités étatsuniennes qui ont embrasé le monde, conduit des millions à scander à l’unisson « Black Lives Matter », témoignent précisément de cet épuisement globalisé, d’une exténuation qui n’épargne, bien évidemment, pas la province canadienne française.

Pourtant, pour la commissaire, « le Québec demeure dans un déni de lui-même, refusant catégoriquement de faire face à une réalité́ qui écrase, étouffe, anéantit et annihile une partie de sa population sous le poids de la violence ». Le racisme continue, quant à lui, de remplir sa tâche et « même caché derrière un paternalisme de bon aloi, rappelle le cinéaste Raoul Peck, il reste [tout de même] brutal et efficace ».

Dans ce tumulte incessant, la respiration devient résistance et résilience. Elle se fait poésie.

En s’arrêtant précisément sur les silences, les hésitations, les soupirs et les inspirations, les artistes montréalais·e·s Marie-Danielle Duval, Moridja Kitenge Banza, Marie-Laure S. Louis et Siaka S. Traoré révèlent la force politique du « respirer » ; iels le subliment.

À propos de la commissaire

Diane Gistal est chercheuse, commissaire indépendante et fondatrice de Nigra Iuventa. Diplômée en histoire de l’Université Paris VIII, elle poursuit actuellement une maitrise en lettres à l’UQAM. Ses intérêts de recherche portent sur le « lieu de mémoire » dans le roman haïtien et son approche curatoriale se caractérise par la création d’un dialogue entre les arts visuels, la littérature et les sciences humaines. Parmi ses commissariats récents, on compte Subalternes (CDEx, 2019) et je sais pourquoi l’oiseau chante en cage (Fonderie Darling, Centre culturel Georges-Vanier et CDEx, 2020).

À propos des artistes

Marie-Danielle Duval est une artiste visuelle basée à Montréal. Elle combine un parcours en design industriel (Université́ de Montréal) et en arts visuels et médiatiques (UQAM). Elle a également suivi un cours en démarrage d’entreprise (HEC). Sa pratique touche notamment le dessin et la peinture, en utilisant la photographie et l’infographie comme outils de travail. Marie-Danielle a présenté son travail dans différents centres d’artistes québécois.

Moridja Kitenge Banza (né en 1980, Kinshasa, République démocratique du Congo) est un artiste canadien d’origine congolaise. Il est diplômé de l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa (1999) et de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Nantes Métropole (France, 2008). Artiste multidisciplinaire, il s’exprime à travers la peinture, la photographie, la vidéo, le dessin et l’installation. En 2010, il reçoit le 1er prix de la Biennale de Dakar pour la vidéo Hymne à nous et son installation De 1848 à nos jours. Son travail a été présenté au Musée Dauphinois, en France, au Museum of Contemporary Art Roskilde, au Danemark, à la Arndt Gallery et au NGbK en Allemagne, à la Galerie de la Fondation Attijariwafa Bank au Maroc, au National Arts Festival à Grahamstown en Afrique du Sud ainsi qu’à la Galerie Joyce Yahouda à Montréal.

Marie-Laure S. Louis est une artiste visuelle mauricienne. Elle est née et a grandi en République de l’île Maurice puis commence ses études universitaires en France. Aujourd’hui Marie-Laure poursuit un doctorat en études et pratiques des arts à l’UQAM. Sa recherche et son travail artistique se croisent dans ses interrogations sur la liberté de soi, la menant à remettre en question les notions d’identités, d’authenticité, de frontières et du devenir. Elle a fait des résidences d’artiste et a participé à des colloques en Amérique du Nord et en France. Ses œuvres ont été exposées en France et au Québec.

Siaka S. Traoré est un artiste burkinabé né en 1986 au Cameroun. Diplômé en génie civil, il commence la photographie en autodidacte en 2012. Amateur de danse et de capoeira, il fréquente les milieux urbains qui inspirent son travail artistique. Traoré questionne l’identité́, s’intéresse à l’humain et à son milieu, à l’expression du corps à travers le mouvement, nous interrogeant ainsi sur nos capacités. En 2014, il expose pour la première fois lors de la biennale de Dakar. Il y présente sa série Sunustreet, qui rencontre un franc succès : c’est le début de sa carrière artistique. En 2016, il reçoit le prix Orange de l’artiste numérique de la foire parisienne AKAA (Also Known As Africa) pour son œuvre intitulée Dans… ce.

Le projet QUADrature

QUADrature est inspiré de l’œuvre Quad (1980), de Samuel Beckett, une pièce écrite pour la télévision et mettant en présence quatre interprètes qui parcourent une scène quadrangulaire en effectuant différents trajets latéraux et diagonaux rigoureusement déterminés. Présentée pour la première fois en 1981 sous la direction de l’auteur, la pièce intégrait un faisceau de lumière colorée et une sonorité propres à chaque interprète. De stature semblable et de genre indifférencié, les interprètes étaient vêtu·e·s de longues tuniques à capuchons couvrant leur visage. Le scénario original déployé lors de la première itération transmise par la télévision allemande a ensuite connu quelques variables, établies par Beckett lui-même. L’œuvre se caractérise par une facture sobre, dépouillée, voire abstraite; toutes les combinaisons possibles de déplacement sont exécutées par les quatre silhouettes anonymes qui évoluent d’abord seules, et qui finissent par se trouver réunies, se croisant sans se toucher, laissant le centre de la scène vide à tout instant.

Il faut noter l’impressionnante résonnance qu’offre cette œuvre de Beckett avec la situation de pandémie mondiale que nous connaissons en ce moment. Du côté de Quad : l’écran télévisuel, le confinement à une surface précise, l’anonymat, les visages dissimulés, la répétition des parcours; du côté du contexte ayant motivé le projet QUADrature : l’écran numérique, le port du couvre-visage, les promenades routinières restreintes à des secteurs précis, la distanciation et l’absence de contacts physiques. Entre deux personnes, le centre est toujours vide. Beckett l’a qualifié de « zone de danger ».

Avec l’aide d’Anne Philippon et de Philippe Dumaine de la Galerie de l’UQAM, la directrice Louise Déry a imaginé QUADrature pour quatre commissaires invité·e·s à développer un volet du projet impliquant chacun quatre artistes. Ces expositions virtuelles seront déployées successivement au fil des mois, suivant les principes de la scénographie de Quad, pour être finalement réunies en une cinquième présentation anticipée comme une conversation globale qui mettra en présence le travail des quatre commissaires et des 16 artistes.

Si QUADrature est conceptualisé pour l’espace virtuel, et si l’idée même de rature est mise de l’avant dans des formules commissariales qui laissent place au doute, à la forme de l’essai, à la possibilité de recommencer, nous nourrissons tout de même le désir d’adapter le projet aux espaces de la Galerie de l’UQAM dans le meilleur avenir possible afin de donner aux œuvres leur pleine existence matérielle et expérientielle.

En savoir plus

La première itération de Quad :

Samuel Beckett, Quad I+II, 1981, Betacam SP, PAL, couleur, son, Collection Centre Georges Pompidou, France

Dirigée par Samuel Beckett et transmise par la Süddeutscher Rundfunk d’Allemagne le 8 octobre 1981 sous le titre Quadrat I+II (2 scénographies différentes), avec une intermission devant durer 100 000 ans selon un commentaire de l’auteur pendant les répétitions.

Le texte

Samuel Beckett, Quad et autres pièces pour la télévision, suivi de L’Épuisé par Gilles Deleuze, Paris, Éditions de Minuit, 106 p., 1992

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