Françoise Sullivan
Obscène

1976 (tirage 2016)

7 épreuves numériques couleur
62,8 x 47,6 cm chacune [encadrées]
2018.20.1-7
Don de l’artiste

En 1976, Françoise Sullivan présente son œuvre La légende des artistes, réalisée avec l’aide de David Moore et Jean-Serge Champagne pour l’exposition d’art publique Corridart, qui fut conçue dans le cadre de la programmation culturelle des Jeux olympiques de 1976. L’exposition était organisée par Melvin Charney et rassemblait une vingtaine d’artistes reconnus dont Pierre Ayot, Cozic, Bill Vazan et René Viau. L’œuvre proposée par Françoise Sullivan était composée de douze panneaux et de six vitrines disposées le long de la rue Sherbrooke et des rues avoisinantes, devant des lieux liés à des figures marquantes de l’histoire artistique montréalaise. Afin de leur rendre hommage, Sullivan installe sur les panneaux et dans les vitrines divers documents et objets en lien avec les artistes concernés. Corridart fut démantelée en pleine nuit, cinq jours après le vernissage et deux jours avant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, suite à une décision du maire Jean Drapeau.

C’est en réaction à cet acte de censure que Sullivan entreprit la création de l’œuvre Obscène, constituée à partir de quelques fragments de La légende des artistes qu’elle fut en mesure de récupérer à la fourrière municipale, au lendemain du démantèlement. L’œuvre est composée de sept impressions numériques, chacune présentant un portrait photographique d’une figure marquante de l’histoire intellectuelle québécoise : les artistes visuels Paul-Émile Borduas, Jean-Paul Riopelle et Armand Vaillancourt, les auteurs Émile Nelligan, Claude Gauvreau et Gilles Hénault, ainsi que le médecin Norman Bethune. Le mot « OBSCENE » est estampillé en rouge sur les différentes photographies. L’utilisation du tampon empruntée à l’iconographie administrative fait directement référence à la posture des pouvoirs publics lors des évènements qui ont mené à la destruction de l’exposition Corridart. Obscène agit comme une œuvre-manifeste dont la portée dépasse largement le contexte qui l’a vu naitre. En témoignant des évènements de son temps et en adoptant une posture critique, l’œuvre de Sullivan constitue une importante mise en garde contre les possibles dérives du conservatisme culturel et de la censure.

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